Textes mystérieux : Partie 3 : Le Monument des bergers à Shugborough Hall.

31 Juillet 2018

Certains mystères sont liés à des représentations artistiques et les romans de Dan Brown avec notamment « Da Vinci Code » n'ont fait qu'amplifier cet engouement à l'étude du secret.

L'un des exemples les plus notables réside sans doute en Angleterre dans le comté de Staffordshire. En effet, une grande propriété connue sous le nom de Shugborough Hall est dotée d'un vaste parc sur lequel divers monuments ont été érigés.

L'un d'eux, « Le monument des Bergers » suscite toute l'attention des chercheurs. Orné d'une sculpture tirée d'un tableau de Nicolas Poussin, il comporte surtout une série de lettres dont nul n'a encore véritablement saisi le sens, même si de nombreuses théories mènent certains sur la piste d'un trésor.

 

Pour bien comprendre l'origine de cet engouement, un retour partiel sur l'histoire des lieux est nécessaire...

 

I – Un peu d'histoire.

C'est en 1624 que William Anson (vers 1580-1645) a acheté le domaine constitué de huit acres de terre et d'un manoir. Son petit fils, lui aussi nommé William Anson (1656-1720), éminent avocat, a détruit le bâtiment et fit construire dès 1693 une grande habitation à trois étages. Ce sont ses fils Thomas (1695-1773) et George (1697-1762) qui ont apporté les plus importantes modifications encore visibles aujourd'hui.

 

Thomas a hérité de la maison lors de la mort de son père. Il a réalisé de nombreux voyages dans une bonne partie de l'Europe et en Égypte. En 1730, il est devenu membre de la « Royal Society », institution destinée à la promotion des sciences. En 1732, il a fondé, avec des collaborateurs, les prémices de la « Dilettanti Society » qui consistait à étudier et pérenniser l'art antique sous différents styles. Il est resté célibataire.

 

Son frère cadet, George, a effectué très tôt une carrière dans la marine qu'il a rejointe dès l'âge de 14 ans. Il a rapidement accédé au poste de capitaine en 1724. Il a fait le tour du monde entre 1740 et 1744 (un fait rare encore à cette époque) avec son vaisseau « le Centurion » ce qui lui permit de rapporter dans le domaine familial de belles collections.

C'est surtout pendant ce voyage qu'il a fait l'acquisition d'un vrai trésor (plus de 400 000 livres) lors d'une bataille contre un navire espagnol, « la Nuestra Senora de Cavadonga », le 20 juin 1743. Non seulement sa renommée fut grandissante, mais ce butin attribuait, à lui et à ses proches, une vie aisée des années durant.

Il épousait , le 25 avril 1748, Lady Elizabeth Yorke (1725-1760), fille du 1er comte de Hardwicke qui mourut à l'âge de 35 ans, sans enfant. George la suivit deux ans plus tard. Thomas hérita donc d'une fortune qu'il consacra à sa passion pour l'architecture. C'est ainsi que d'importantes modifications eurent lieu sur la maison et dans la propriété familiale.

 

Dix monuments prirent place dans le vaste parc de Shugborough :

Plan du parc actuel qui peut se visiter. Les points 1 à 8 désignent les monuments financés par la famille Anson.

 

1 - La Lanterne de Démosthène : Commissionnée par Thomas Anson, construit par l'Architecte James Stuart (ami de Thomas), achevée en 1771.
2 – La tour des vents : Basée sur l'horloge d'Andronicos d'Athènes, conçu par James Stuart, achevée en 1765.

3 – L'Arc de triomphe : Basé sur l'Arc d'Adrien à Athènes, il est l'un des premiers monuments à être construit (vers 1761). Il devint rapidement le mémorial de George Anson et de sa femme quelques années plus tard.
4 – La Ruine : Conçue par Thomas Wright en 1750.
5 – La maison Chinoise : Achevée en 1747, elle à été réalisée à partir de croquis faits à Canton par Sir Percy Brett qui accompagnait l'Amiral George Anson dans son tour du monde.
6 – Le Monument du Chat : Conçu en 1749, il commémore les chats des propriétaires.
7 – Le monument du Berger (voir le paragraphe II).
8 – Le Temple Dorique : Basé sur le temple d'Héphaïstos à Athènes, construit vers 1760 par James Stuart.

Deux autres monuments (la Pagode Chinoise et la Cascade) ont été détruits par des inondations en 1795.

 

II – Le monument des Bergers.

L'édifice érigé entre 1748 et 1758 englobe plusieurs parties bâties à différentes périodes :

- A : Le bas relief exécuté par le sculpteur Peter Scheemakers.
- B : L'Arc rustique attribué à Thomas Wright.
- C : L'édicule dorique ajouté probablement par James Stuart.


 

1 – La partie supérieure du bas-relief.

Le nom du monument est dû à son bas relief représentant une réplique libre du tableau de Nicolas Poussin peint en vers 1638-1640, célèbre méditation sur le caractère inéluctable de la mort. La sculpture est inversée par rapport au tableau original et comprend de nombreuses différences.

Seconde version des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin.

Bernard Picart (1673-1733), dessinateur et graveur, a réalisé la plus ancienne gravure connue des bergers d'Arcadie en 1696. Elle est, comme celle de Shugborough, inversée mais est vraiment fidèle à l'originale. En la taillant sur des dimensions semblables à la sculpture qui nous intéresse, l'on peut noter les variantes :

-Le pied du berger accroupi à le pied droit plus « entré ». Certainement pour que le personnage ne soit pas coupé et adhère à la composition du cadre.
-Derrière lui, l'individu possède un bâton plus court.

-Le tombeau supporte une urne funéraire avec un couvercle pyramidal, symbole d'éternité.
-Quelques branches d'arbres complètent l'arrière-plan.

L'ensemble est compressé dans son horizontalité pour tenir dans cette confection plus en hauteur.

Quelle que soit la version, la même phrase est identique sur la tombe : « ET IN ARCADIA EGO ». Cette locution latine signifie « MOI (la mort) JE SUIS AUSSI EN ARCADIE ».

Plusieurs anagrammes de cette phrase poussent à la curiosité. Le plus populaire est certainement « I ! Tego arcana dei », c'est-à-dire : « Va ! je possède le secret de Dieu. »

Dans la version de Nicolas Poussin, le berger montre du doigt la lettre R. Dans sa première version de ce tableau, il indiquait la lettre D. Certains y voient des messages cachés.

Lorsque l'image est inversée, la phrase doit évidemment rester dans le bon sens pour garder l'idée de l'ensemble. Le berger désigne alors dans les deux versions en miroir des lettres dissemblables. Le N avec l'index et le R avec le pouce. Même si dans la sculpture, certains membres ont disparu avec l'usure.

 

Un autre mystère concerne le portrait de l'épouse de George Anson, Elizabeth Yorke nommée Lady Anson. Le château de Shugborough abrite cette peinture dans laquelle elle pose avec un croquis en main (voir ci-dessous à gauche). Celui-ci représente clairement un portrait de Dante.

Toutefois, l'artiste ayant réalisé  cette œuvre (Thomas Hudson) avait dessiné la Lady avec une seule différence : le croquis reproduisait la première version du tableau des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin (voir ci-dessous à droite). Pourquoi un tel changement ?

 


2 – La partie inférieure du bas-relief.

Et voici enfin la partie la plus énigmatique de l’œuvre. En effet, cette portion contient 10 lettres que beaucoup tentent de comprendre la signification.

La première chose qui saute aux yeux est le vide qui règne dans cet espace rectangulaire. Le sculpteur a-t-il terminé son travail ? Ou avait-il prévu de graver d'autres lettres pour un événement futur ?

Les deux lettres D et M sont clairement suivies d'un point et sont donc, l'abréviation d'un mot.

Il semble qu'elles désignent une locution latine :
« Les inscriptions funéraires commencent souvent par une adresse « aux dieux Mânes » : D(IS) M(ANIBVS) ou D(IS) M(ANIBVS) S(ACRVM). Les deux lettres D M se trouvent soit en haut de l’inscription, soit de part et d’autre. »

Mais il en est tout autre des huit au-dessus : O.U.O.S.V.A.V.V

Ici, pas de point après le V final ? L'artiste voulait-il conserver un équilibre afin d'avoir une œuvre visuellement parfaite ?

 

Certains suggèrent qu'il s'agirait d'une dédicace en latin de George Anson à son épouse décédée, d'autres parlent d'une succession de chiffres et même de coordonnées géographique.

Ces solutions proposées restent néanmoins très incertaines et ne convainc pas.

Une enquête intéressante qui trouvera peut-être une issue en examinant attentivement les archives des propriétaires des lieux...

Sources :
- Public Sculpture of Staffodshire ans the Black Country. Gorge T.Noszlopy ans Fiona Waterhouse.
- The Shugborough Folies.
- Landed families of Britain and Ireland.
- Un code secret à Shugborough Hall ?
- Et In Arcadia Ego.
- Les Bergers d'Arcadie.



 

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